Les écueils de gouvernance à éviter



  • La Stratégie nationale pour un numérique inclusif doit notamment aboutir sur une série de recommandations portant sur la gouvernance des acteurs de la médiation numérique.
    Quels pièges doivent-il être éviter?

    Si votre expérience vous permet de remonter des dysfonctionnements dans la coordination entre des acteurs, des blocages issus de répartitions contradictoires de rôles et responsabilités, votre témoignage est important.

    N'hésitez pas à être le plus précis possible dans votre récit, sans toutefois mettre personnellement en cause des acteurs impliqués.



  • L'écueil qu'il faut éviter à tout prix, c'est la logique de sillo.
    Le numérique est transverse et ne doit pas être attaché à un "service" ou à des "crédits" marqués. Cela commence par notre secrétaire d'état dont le positionnement dans l'organigramme gouvernemental est bien transverse :-)
    Dans les territoires cela doit descendre. Je prends plusieurs exemples rencontrés ces 15 dernières années.

    Tout le monde s'accorde à dire qu' l'école est un lieu incontournable pour diffuser les éléments de culture numérique idéalement à travers les enseignants eux-mêmes. les premiers plans école-numérique datent de plus d'une décennie. Pour autant les besoins en formation ne sont toujours pas couverts. Dans certains territoires, des Espaces Publics Numériques mènent depuis des années des actions d'initiation au codage informatique, en particulier avec des enfants. Il est dommage de s'entendre dire du'il faut un "tampon Education Nationale" pour intervenir dans l'école ou former les enseignants et que c'est le seul point de blocage.
    Dans les territoires QPV, vous avez de la même manière des enveloppes spécifiques si vous souhaitez développer des projets TIC avec ces publics. Mais quelle enveloppe couvre les besoins du foyer de personnes âgées situé au centre ville ? Quelle enveloppe répond aux besoins des TPE dans l'accompagnement de la transformation numérique ?
    Une stratégie locale pour un numérique inclusif doit positionner la médiation numérique au cœur du territoire. On bannira le recours à un emploi précaire pour mener à bien cette mission. Autant prendre rendez-vous dans dix ans pour encore parle de la fracture numérique ! L'Etat doit être exemplaire en la matière. est-ce raisonnable de faire reposer sa Stratégie sur des services civiques ? Un service civique dans une préfecture, ce n'est pas une solution, c'est un pansement sur une hémorragie.
    J'habite pour ma part en zone montagne, il me faut 1h30 en voiture pour aller à la préfecture du département. Pensez vous réellement que cela soit une solution pour une veuve de 85 ans qui n'a jamais touché un ordinateur de sa vie et qui doit faire toutes ses démarches par internet alors qu'elle vient de perdre son mari ?
    La stratégie repose sur une règle simple : les 3 P :

    People : des médiateurs numériques dûment formés et reconnus dans leurs fonctions et leurs statuts. Ce qui incombe à l'état
    Place : des lieux dédiés ou des tiers lieux qui maillent l'ensemble du territoire, ce qui doit être au minimum inscrit dans les éléments de stratégie des usages numériques départementaux en relation avec l'Article 69 de la loi République Numérique
    Project : des projets de territoire transverse dans lesquels le nuérique est une composante, un outil, un enjeu intégré ce qui incombe aux Communautés de commune et consorts.

    Ma recommandation personnelle serait non-pas de définir une stratégie pour un numérique inclusif, mais plutôt une stratégie de transformation des territoires. Trois axes : Comprendre, réfléchir, agir. et une approche pluridisciplinaire de la question. L'inclusion n'est pas "technologique" elle est "sociétale".

    Bien à vous.



  • @loicgervais Oui la stratégie d'inclusion numérique ne peut reposer sur des emplois précaires ou des services civiques. Il y a une nécessité de professionnalisation des acteurs. De mauvais conseils peuvent avoir de graves conséquences sociales ou pécuniaires.
    Oui, il doit y avoir un maillage territorial, pour qu'il n'y ait pas une double peine des exclus du numérique habitants dans des territoires désertés des services publics.



  • @loicgervais
    +1 !
    L'accompagnement des personnes à leur entrée dans le monde numérique (pour la plupart d'entre elles, fragilisées, ou manquant de confiance en soi, ou pas "à priori" intéressées par le sujet, ou présentant des déficiences, etc. ) est d'abord un accompagnement social, où donc une confiance et une proximité doivent s'installer ce qui implique un positionnement dans la durée (variable suivant les profils des différents publics) de relations individualisées; le recours systématique par les administrations passant au tout numérique pour leurs services au public, à des services civiques (de 6 mois en général) ne répond pas à ce besoin pour tous ces publics spécifiques



  • L'une des pistes de gouvernance serait d'appliquer l'inclusion dans cette volonté de gouvernance. Ce que cette initiative de consultation numérique laisse espérer.

    Il y a effectivement des écueils du passé qui peuvent être listés. La logique de silo évoquée par @loicgervais est effectivement un des écueil du passé qui à fait ses preuves d'empêchement de collaboration et d'empêchement d'atteinte d'objectif.

    Dans les ressources existantes sur les bonnes pratiques déjà effectuées, donc qui ont leur preuve, il y a tout ce qui a été documenté librement par et avec les publics. Ce qui offre :

    1. Un ressource réutilisable et analysable
    2. Une preuve que faire de la médiation peut aussi nourrir la gouvernance.

    l'un des exemples est le wiki movilab : http://movilab.org/index.php?title=Accueil et plus spécifiquement le portai dédié à la médiation numérique : http://movilab.org/index.php?title=Périmètre_de_la_Médiation_Numérique

    Gouvernance

    Cette volonté de documenter sous licence libre permet la contribution, sous réserve d'accompagner à ce processus contributif, et offre un prémisse de transparence.

    Se pose immédiatement la question de la gestion des données :

    1. reliée au RGPD
    2. impliquant la collaboration non verticale dans la gestion de ses données

    Nous avions proposé, dans un cadre scientifique, une expérimentation sur un gestion collaborative des données qui pourrait servir d'exemple dans la médiation numérique : http://lesvigies.fr/changement-climatique-gouvernance
    Le retour d'expérience de cette initiative est simple : sans formation ou initiation aux personnes et groupes de personnes portant l'initiative de gouvernance et de collaboration le processus de partage et mutualisation est refusé. Ce qui bloque de facto tout volonté de gouvernance sans silo.
    Nous avions pourtant fourni un effort important, transdisciplinaire, transcommunautaire, de sensibilisation et de formation : http://www.multibao.org

    Ainsi, c'est par un autre chemin que nous tentons aujourd'hui d'expérimenter une gouvernance qui nous paraît adaptée aux enjeux, notamment ceux de la médiation.

    Le consensus

    Les tiers-lieux et les communautés de pratiques collaboratives apparaissent comme un terrain fertile d'expérimentation de la médiation numérique, j'y reviendrais dans le groupe de travail concerné, mais aussi et surtout de la gouvernance.

    En partant de ce nous pratiquons dans un hacklab à Rennes et un peu partout en Bretagne sur le consensus, nous essayons de rendre accessible un expérience du consensus dans le design des instances : https://lebiome.github.io/#LeBiome/gouvernance/blob/master/wg_consensus.md

    Ce qui m'a amené à titre personnel à échanger sérieusement avec le DR en sociologie Antoine Burret, thèse Etude de la configuration en Tiers-Lieu - La repolitisation par le service, et d'avoir à découvrir et étudier une expérimentation de la gouvernance par consensus à l'échelle du territoire administratif de Genève : https://wiki.3ddge.ch/index.php?title=Accueil

    Sans jamais oublier que « Les lieux de médiation [scientifique et technique] sont (...) des lieux de tension, de conflit entre des injonctions à l’innovation industrielle et des appels à un mouvement d’une culture critique. » : https://t.co/9cDA9hLavn

    Du bas vers le haut

    Cette démarche d’expérimentation d'un gouvernance partagée et discutée en permanence avec des ressources libres et contributives part des quelques entités individuées, c'est à dire de personne faisant partie de projet ou d'organisation plus vaste mais qui se rencontre et travaillent ensemble à l'entretient et l'amélioration d'un commun qu'est cette gouvernance et ces ressources, pour ensuite faire grandir cette expérimentation dans des instances gérant des territoires administratifs plus vastes.
    il est compris dans cette démarche de manière ad hoc d'outiller ces instances pour qu'elles passent d'une posture de "dirigisme" à une posture de facilitation des ces expérimentation de gouvernance, y compris en soutenant économiquement ces démarches.

    Voici quelques ressources documentées :

    Quelques écueils à éviter

    • Plus le temps est long entre l'impulsion d'une démarche et la passage à l'action est long, plus le risque d'échec est grand
    • Sans ressources libres et documentées peu d'évolution possible
    • Sans ressource libres et documentées, c'est plus de répétition d'erreurs
    • Imposer plutôt que faciliter
    • Oublier de questionner l'éthique
    • Ne pas inclure les publics dans la gouvernance
    • Négliger les besoins et les circonstances de rencontres
    • Oublier des acteurs de la médiation dans la gouvernance (asso, communautés de pratiques, collectivités publiques, entreprises, écoles, universités, bibliothèques...)
    • Les injonctions paradoxales (e.g "Sois libre")

    Je précise que cette contribution n'a aucune vocation à autopromotion, ni aucune volonté d'être exhaustive et solide. Elle n'est qu'une contribution


Log in to reply